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Ecole malienne : L'histoire jugera ATT

Comme les "Aigles" qui a de bons joueurs mais qui sont toujours à la traine des compétitions, le Mali a des potentialités et atouts mais parvient pas à décoller économiquement. Malédiction ? Que non, que non. Dans l'un ou l'autre cas, il s'agit bien d'une équation et d'une question de management, de coaching. Le problème de notre pays n'est pas un problème de compétence et de savoir, mais de l'utilisation et de l'orientation du savoir pour le développement économique et le savoir. Or, aujourd'hui, estime Mohamed Fatogoma OUATTARA (qui nous a fait parvenir une contribution intitulée "L'école malienne : dans le creux de la vague ?", la conception du développement économique et social du régime actuel peine dans sa pédagogie à nous dégager la primauté de l'épiphénomène sur le phénomène. Et si ATT ne prenait garde, conseille-t-il, l'histoire va juger.

 

Le PDES d'ATT est planté ridiculeusement sur sa tête. Il convient d'en corriger les tares et lacunes en faisant de l'école -de l'éducation- l'enjeu principal, l'essentiel qui transmettrait aux générations futures nos valeurs fondatrices et qui leur donnerait le moyen de défendre et de pouvoir des personnes bien éduquées

 

L'école malienne : dans le creux de la vague ?

L'école malienne de ces vingt dernières années nous a fait verser beaucoup d'encre et de salive. En fait de salive, nous n'en avons point, nous avons cependant suffisamment d'encre pour continuer à écrire, décrire et décrier.

La situation pâteuse dans laquelle se trouve enlisée notre école est des plus attristantes. Sa prise en otage par les politiques et certains patriotes de clocher nous échappent et nous glissent entre les doigts de la main telle une boule de mercure.

Il y'a près de vingt ans environ, l'école malienne, bancale, va clopin-clopant et menace de chuter mortellement dans le creux d'un abysse sans fond si rien n'est fait.

Un vent d'espoir vient de souffler dans nos cœurs à l'orée de la nouvelle année. Voici le verbatim de l'adresse du chef de l'Etat à la Nation : " L'éducation est une dimension importante de la révalorisation des ressources humaines. La mise en œuvre des conclusions du Forum national sur l'éducation doit continuer à retenir toute notre attention. "

Le Président aurait -il été subitement inspiré par Minerve, la déesse de la sagesse ? Ou serons nous tentés de croire que l'oiseau de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit ?

A chaque fois qu'il s'est agi de dénoncer ou de tirer sur la sonnette d'alarme, certains ont pris le pli de gesticuler comme des forcenés en nous considérant comme des diables dans le bénitier. Loin s'en faut. Toujours étreints par notre désir de dire et de mieux dire les choses que nous ressentons sur le cœur pour ce pays que nous chérissons.

Le Mali est ce qu'on a de commun. Son bonheur est au cœur de nos préoccupations respectives. S'il doit sombrer, nous chavirerons ensemble. Pour une fois, par delà nos antagonismes et intérêts de classes, convenons que l'école malienne va à- vau-l'eau, qu'il y'a un besoin pressant de la sauver du cataclysme (excusez le vocable car il n'y en a pas d'autres eu égard à la gravité de la situation). Toute la problématique se résume à cette question : a-t-on davantage besoin d'éducation, d'indépendance intellectuelle, mentale que de grand vitrage ?

La théorie du hasard de Cournot ne saurait avoir sa place dans le développement d'un pays qui se base et s'appuie sur une stratégie bien définie. Le projet de développement économique et social élaboré par le gouvernement ne s'est pas préoccupé de poser la prépondérance de l'école sur les infrastructures clinquantes et sémillantes. A preuve :

Bamako, qui ressemblait à un échiquier avec quatre (4) pions : la colline de Koulouba, la grande mosquée, l'hôtel de l'Amitié, et la colline du lycée de badalabougou, est un vaste chantier en construction. Le Mali, en particulier Bamako, la capitale est en passe de devenir une véritable vitrine en Afrique de l'Ouest à l'image de Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, Abuja au Nigéria. De la matrice de notre vieille terre surgissent telles des champignons des réalisations de prestige :

Hôtel cinq (5) étoiles venant s'ajouter à toute une ribambelle d'autres faisant du Mali premier de l'espace UMOA et deuxième dans la CEDEAO. Aérogare de fret , Hôpital du Mali, Route Kayes-Bafoulabé, Centre Commercial et parking , Nouvel échangeur du Rond-point de la Colombe , Troisième pont de Bamako , Cimenterie de Diamou , Usine de Montage des Tracteurs , la célébration fastueuse du cinquantenaire de notre indépendance.........tout cela avec l'aide de nos "amis-partenaires financiers " ou l'usage du pécule national.

Peut-on sincèrement juger du développement d'un pays à l'aune de ces infrastructures qui, à notre sens tiennent de l'investissement de prestige, une espèce de miroir aux alouettes ?

Comme le diraient les laudateurs et panégyristes d'ATT, le PDES ne marche plus, il est au galop. Pourquoi ne ferait-on pas preuve d'ingéniosité en ajoutant à cet attelage l'Education qui est le socle de tout développement social et économique ?

La société et l'école maliennes sont en crise. L'éducation est avant tout pour le développement de l'homme et de la société. On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l'éducation. Poser l'antériorité de l'éducation, lui assigner le rôle d'accompagnateur et d'éducateur de tout projet de développement nous semble relever de la raison.

Véritables mythes, les Etats Généraux sur la délinquance financière et l'éducation l'ont été. Ils se sont terminés en eau de boudin. Ils ont été une espèce de diversion, de la poudre dans les yeux du vulgum pecus malien. Encore une fois, l'argent du contribuable fut sacrifié sur l'autel du folklorique.

Les maux sont là, incarnés, ils menacent d'atteindre fatalement tout le système si rien n'est fait. Nous le dirons à satiété, autant il a été difficile à l'Antiquité grecque de résoudre ses problèmes de quadrature de cercle, de la trisection de l'angle et de la duplication du cube, les problèmes de l'école sont devenus d'insurmontables problèmes de géométrie pour la politique qui a choisi de les reléguer stratégiquement aux calendes grecques.

L'administration malienne ressemble étrangement à une espèce d'écurie d'Augias qui gagnerait à être nettoyée sérieusement. Cette entreprise, de longue haleine, doit et devrait se faire autour de la formation et de la reformation de la culture de base de l'homme malien.

Le régime autoritaire de vingt -trois (23) ans d'âge de Général Moussa Traoré a été une douloureuse parenthèse pour l'Ecole malienne. Nos valeurs cardinales se sont délitées. C'est pourquoi il est urgent d'assigner à l'Ecole le rôle qui est le sien : la formation de l'homme malien à travers la culture de base qui est l'ensemble des valeurs morales, éthiques, religieuses, sociales, culturelles, artistiques, cosmogoniques, philosophiques ... Elles s'inscrivent dans l'individu au fur et à mesure qu'il reçoit l'influence éducative du groupe. C'est pourquoi on ne peut s'empêcher de penser à ces mots de Emmanuel Kant dans " Réflexions sur la pédagogie " : "L'homme n'est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués "

Il faut avoir un sens très aigu du cynisme pour ignorer que l'éducation est la matrice conceptuelle de tout développement. De deux choses l'une, soit par un calcul politique machiavélique, ils aspirent former une génération de citoyens maliens " moutons de panurge " malléables et corvéables à souhait, ou par ignorance criarde, ils méconnaissent le rôle prépondérant de l'Ecole dans le processus de développement d'un pays. Tristesse.

Non, la lueur vient de la réaction de l'Europe d'après la deuxième guerre mondiale à refuser les politiques des régimes totalitaires à mouler les individus dans des corsets idéologiques qui les étreignaient et qui les rendaient contrôlables, la lueur vient aussi de la bouche de Anton S Makarenko, pédagogue russe : " L'homme ne peut vivre en ce monde s'il n'a en vue rien de radieux . Et c'est la mission de l'école de transmuer les formes de joie les plus simples en de plus complexes et plus riches de signification humaine ".

L'espoir vient aussi de Condorset, grand philosophe du siècle des lumières qui ne croyait pas si bien dire : "la vérité seule peut être la base d'une prospérité durable , et que les lumières croissant sans cesse ne permettent plus à l'erreur de se flatter d'un empire éternel , le but de l'éducation ne peut plus être de consacrer les opinions établies, mais, au contraire de les soumettre à l'examen libre de génération successives, toujours de plus en plus éclairées" .

La lueur vient de Victor Hugo qui, souffla éloquemment ceci dans sa trompette : " Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne. Quatre -vingt- dix voleurs sur cent qui sont au bagne ne sont jamais allés à l'école une fois. Et ils ne savent pas lire et signent d'une croix. C'est dans cette ombre qu'ils ont trouvé le crime. L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme. Où rampe la raison, périt l'honnêteté".

Enfin l'espoir vient de la théorie du capital humain élaborée par l'américain Gary Becker qui vient conforter notre croyance à l'importance de l'éducation comme enjeu majeur dans le développement d'un pays. Becker nous enseigne que l'éducation est un investissement dans l'individu en vue d'une productivité générée par les acquis de l'éducation.

Le PDES d'ATT est planté ridiculeusement sur sa tête. Il convient d'en corriger les tares et lacunes en faisant de l'école -de l'éducation- l'enjeu principal, l'essentiel qui transmettrait aux générations futures nos valeurs fondatrices et qui leur donnerait le moyen de défendre et de pouvoir des personnes bien éduquées.

Nous n'avons pas besoin d'une école qui bourrerait la tête de nos enfants tels des perroquets manipulables à souhait, mais d'une école qui leur permettrait de faire le distinguo entre ce qu'ils veulent et ce qu'ils ne veulent pas, en toute indépendance d'esprit. Ce faisant, aucun politicien de mauvaise foi ne pourrait leur arracher le suffrage avec des billets de 1000 /5000 francs, de t-shirt ...ou encore mieux, leur vendre du vent.

Dans nos classes de psychopédagogie, Jean Piaget nous a enseigné que l'intelligence est la capacité de s'adapter aux situations nouvelles. Nous voulons une école qui s'adapterait aux exigences de l'homme du XXIème siècle : conjonction de l'enseignement (l'apprentissage: faire et savoir- faire) et de l'éducation (formation de l'esprit).

Encore une fois, qu'on ne se trompe pas de combat. Le problème du malien d'aujourd'hui ne se situe pas au niveau du savoir (en fait de diplômés, le Mali en regorge) mais de l'éducation (valeur). A la lumière de cet argumentaire serait-il erroné d'asserter que la délinquance financière trouverait une partie de son explication dans l'effritement de l'Ecole ?

Mr ATT, nous pensons humblement que l'éducation pèse plus lourdement comme indice de développement d'un pays que les maisons flambant neuves d'ATTbougou. Votre conception du développement économique et social peine dans sa pédagogie à nous expliquer la primauté de l'épiphénomène sur le phénomène.

Il est intolérable, de jure ou de facto, que votre gouvernement oublie ou ignore de faire de l'école une priorité dans son programme de développement.

L'histoire de notre cher Mali vous jugera un jour. Avant l'heure de votre jugement elle vous apprend que Modibo Keïta, sous sa présidence a posé le primat de l'éducation de masse et de qualité dont vous mêmes êtes un pur produit. Cette école avait pour souci la formation des cadres nécessaires pour le développement du Mali, la décolonisation des esprits et la préservation des valeurs et de notre culture. L'école a hiberné dans une longue léthargie de vingt-trois (23) ans avec le régime de votre prédécesseur : Moussa Traoré. Pendant la troisième République, Konaré, un enfant de l'école, lui a redonné ses véritables lettres de noblesse à en faisant une priorité. Mr Touré , l'histoire de notre pays vous interpelle et ne manquera pas de noter que les "militaires " qui ont passé à la tête de notre nation ont fait preuve de manque de précautions en ignorant le poids , l'importance et la valeur de l'éducation dans le développement de notre pays . Il vous reste deux (2) longues années pour sauver l'école malienne qui au fil des mois et des ans va à vau-l'eau. Vos petits -enfants dont l'éducation vous préoccupe au moment de votre retraite politique ne vous le pardonneraient pas.

Il serait sage de reconnaître les limites du PDES et éviter de sombrer dans un triomphalisme béat. Les logements sociaux, les échangeurs, .....ne sauraient être des indices fiables pour évaluer le développement de notre chère patrie. Elaborer de véritables stratégies de développement à court, moyen et long termes relèverait d'une véritable attitude de sagesse et de patriotisme de la part de nos politiques. Permettez nous de pasticher Gérald de Selys et Nico Hirtt (enseignant et écrivain) : " Sans cesse, nous devons reprendre nos livres. Y découvrir l'immense richesse des histoires et des savoirs humains. Pour dire non au monde que l'on nous fait aujourd'hui. Un monde noir de malheur. Et bâtir le monde de demain. Un monde de couleurs où existera enfin, pour tous, le plaisir d'apprendre ".

Nous n'aurons de cesse de le dire , nous étions d'il y'a environ cinquante(50) ans dans le même panier de développement que ceux qu'on appelle aujourd'hui "Les Dragons Asiatiques " (Corée du Sud , Singapour , Hong Kong et Taiwan ) ; dans l'espace de vingt (20) ans , ils ont séduit le monde , ils ont forcé l'admiration et le respect en prouvant que le développement était loin d'être le résultat d'une génération spontanée, mais la résultante de véritables stratégies auxquelles on s'attèle avec sérieux et conviction .

Dans ces pays, ils ont commencé par le fait culturel, tous ceux qui ont moins de (50) ans n'ont pas souvenance de la langue du colonisateur. En URSS, la révolution de 1917 a enfanté de célèbres psychopédagogues qui se sont attelés à réparer les dégâts causés par le léninisme et le stalinisme. Les résultats ont été fabuleux. Aujourd'hui, Moscou a plus de milliardaires que n'importe quelle ville du monde capitaliste. Faisons preuve d'humilité et de sens de l'élévation en ouvrant nos livres en vue de puiser et approprier l'immense savoir et richesse de ces peuples. Eux -mêmes, ils sont allés à l'école de l'Occident et s'en sont appropriés les techniques et technologies (électroniques, informatiques, textiles, sidérurgie) et les ont exportées. Nos " dragons d'Asie " ont élaboré leurs stratégies de développement autour de :

" la scolarisation

" la réforme agraire

" l'industrialisation

" l'exportation

Comme notre Président aime à importer les modèles (reférence au bureau du VEGAL venu du Canada), il n'y a aucune honte à singer ce modèle asiatique dont les résultats ont sidéré le monde entier tout en reconnaissant les limites de notre schéma actuel de développement. Une stratégie de développement qui tiendrait en compte :

" l'école

" l'autosuffisance alimentaire

" l'industrialisation

" l'exportation

" la santé pour tous

fera du Mali un pays de Cocagne où nous nous attelerons à construire les grattes-ciel, les tours, des casinos, des go-go bars- si on le veut - car ne sont que des oripeaux et des fioritures.

Nous disons non au PDES dans sa conception actuelle. Un autre projet de développement est possible pour le Mali. Un Mali, pays de Cocagne, où il ferait bon vivre, où le rêve serait la chose la mieux partagée, pour nous et pour les générations futures.

Bonne année à tous et à toutes dans un Mali libre , uni et prospère.

Ouattara fatogoma Mohamed

Orange , New Jersey, Usa

Le Titre est de la Rédaction

Info-Matin du Vendredi 15 Janvier 2010

 

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