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Economie
Mali : toujours la grosse magouille sur les routes
«Le Mali occupe la seconde position, au plan régional, en termes de niveaux de pots-de-vin, après la Côte d'Ivoire. De même, au niveau de la densité des contrôles et des retards, seul le Sénégal fait pire que lui». C'est en tout cas ce qui ressort du 16è Rapport pour l'amélioration de la gouvernance routière, publié, ainsi que le guide des conducteurs routiers lancé, hier mercredi, au Grand hôtel de Bamako, par le Projet West africa trade hub (Commerce sans frontières en Afrique de l'ouest).
La cérémonie d'ouverture de l'atelier était présidée par le colonel Mamoutou KEITA, Haut fonctionnaire de la défense auprès du ministère de l'Équipement et des transports, représentant son ministre. Il avait à ses côtés, le représentant du Coordinateur national de l'OPA-Mali, Salif KONE; le Point focal de l'OPA-Mali, Cheickna TRAORE dit Kolo national; le représentant de l'USAID-Mali, Modibo TRAORE. Étaient également présents les membres du Conseil malien des transporteurs routiers (CMTR), de la société civile et des organisations de syndicats de chauffeurs et conducteurs routiers.
Pour le représentant du Coordinateur national OPA-Mali, la publication périodique des rapports sur les tracasseries routière, qu'il qualifie d'exercice d'information et d'échanges, a pour but d'amener les autorités compétentes à comprendre le phénomène de tracasseries et de prendre des mesures correctives qui s'imposent.
Le représentant de l'USAID-Mali, lui, a émis le souhait de voir le Mali se positionner à une échelle qui sera enviée par les autres pays. Car le 16è rapport interpelle les autorités maliennes au point de ses indicateurs. Aussi, les invite-t-il à des réflexions très poussées pour que le Mali se hisse à un niveau plus respectable et devient un modèle en matière de gouvernance routière pour les autres pays de la sous-région.
Le président de séance, pour sa part, a rappelé les nombreuses réalisations faites en matière de construction et de réhabilitation des routes; les intenses campagnes de sensibilisation, de formation et de réglementation dans la facilitation des transports.
Malgré ces efforts, a reconnu le colonel KEITA, les tracasseries et les accidents de la circulation sont monnaie courante sur nos routes. Aussi, les différents rapports de l'OPA, à tort ou à raison, les informent de mauvaises pratiques sur les différents corridors avec son corollaire de temps de parcours très long et de surcroît injustifié.
Le Guide du conducteur routier, a soutenu le directeur du Projet West africa trade hub, a pour but d'informer un large public sur les règles à appliquer, de manière à faciliter surtout le transport et le commerce en Afrique de l'ouest.
Concernant particulièrement le Mali, le 16è rapport pour l'amélioration de la gouvernance routière montre que le Mali occupe la seconde position, au plan régional, en termes de niveaux de pots-de-vin, après la Côte d'Ivoire «en crise».
De même, au niveau de la densité des contrôles et des retards, seul le Sénégal fait pire que le Mali.
Par ailleurs, bien que certaines mesures semblent être prises, à haut niveau, comme la création d'un guichet unique ou la signature avec la Chambre de commerce du Sénégal d'un accord sur un carnet TRIE commun, aucun résultat concret ne s'est encore fait sentir sur le terrain.
L'analyse détaillée des données de ce dernier trimestre 2011 donne avec précision les différents cas de tracasseries constatés, ainsi que le corridor concerné. Ainsi, il ressort du 16è rapport le Togo est sur la bonne voie. En effet, lors de la caravane organisée par l’OPA au Togo en mars 2011, les responsables de la Douane avaient annoncé la fermeture des postes de Kante, Dapaong Nord et Cinkansé Sud. Le rapport montre que cette annonce s’est effectivement concrétisée sur le terrain. Plusieurs autres postes de Douane ne contrôlent quasiment plus les camions. Selon le point focal togolais, les harcèlements de la Police et de la Gendarmerie ont eux aussi diminué radicalement. Ces changements pourront être vérifiés lors du prochain rapport.
La Côte d’Ivoire est encore en phase de transition. Les résultats de ce trimestre sont mitigés : la baisse du nombre de contrôles et des retards est réelle pour les camions allant de Bamako à Abidjan; par contre, les prélèvements par arrêt sont en hausse. En outre, il est difficile de tirer des conclusions générales, car aucun camion n’a pu être suivi dans le sens de l’import ce trimestre et aucune donnée n’a pu être récupérée sur le corridor Abidjan-Ouagadougou le trimestre précédent. Mais, il semble que le nouveau gouvernement a mis en place des mesures fortes pour éradiquer les tracasseries. En particulier, une liste des 33 postes autorisés à effectuer des contrôles dans le pays a été publiée, dont 8 seulement se trouvent sur les corridors suivis par l’OPA.
Au Sénégal, les efforts sont annihilés. Et pour cause: alors que le pays était dans une dynamique de progrès depuis un an, ce trimestre a vu tous ses indicateurs remonter. Ce constat est d’autant plus surprenant que c’est le seul pays de la région dans cette situation. On observe en particulier l’augmentation des tracasseries de la Douane à Kidira, de la Police à Kaffrine, Tambacounda, Kaolack et Fatick, mais surtout de la Gendarmerie à Missira, Diamniado, Botou, Goudiry, Kirene et Maka Kahone.
Le même rapport dénote l'existence des problèmes facilement localisables au Burkina Faso, au Mali et au Ghana.
Ainsi, au Burkina Faso, l’OPA recommande de fluidifier le trafic à Dakola et de supprimer les postes de douanes entre Ouagadougou et les frontières togolaise et ghanéenne.
Au Mali, il faut s’attaquer aux retards occasionnés à Kayes, à Kati et aux postes de contrôles entre Bamako et les frontières burkinabè.
Au Ghana, l’augmentation des temps de passage à Paga doit être jugulée.
Par Sékou CAMARA
