Nord-Mali : à quel chantage céder ?
La force d’une grande nation, c’est sa capacité, face aux épreuves douloureuses et aux défis escarpés, à rebondir, à réagir à travers des options courageuses et à faire face avec dignité à son destin.
Très peu enviable est aujourd’hui notre posture dans le capharnaüm sahélo-saharien. Indexé et le vilipendé par les uns laxisme et bienveillance envers les terroristes Aqmiens qui, de leur pays d’origine, écument toute cette incontrôlable immensité désertique et qui se seraient « tranquillement » installé au Nord de notre pays, lorgné et suspecté par les autres de collusion et d’intelligence avec le grand banditisme et le narcotrafic transcontinentaux, et poussé par d’autre encore à faire leur boulot ou guerre à leur place, le Mali d’ATT, en cette entame de 2010, aux delà de ses propres urgences et priorités (éducation, santé, sécurité alimentaire, paix, stabilité…), se retrouve face à délicates options pour un pays aussi pauvre et vulnérable comme lui.En effet, les problèmes auxquels, notre pays se trouve confronté, par sa fragilité frontalière et son étendue désertique, sont plus les problèmes des autres que les nôtres. En tout cas sont des équations transnationales transplantées dans notre pays par la paranoïa sécuritaire des uns, l’excentricité touristique des autres et la fuite de responsabilité et l’absence de volonté commune et conjugué des tous face à des phénomènes (terrorisme, prise d’otages et trafic de drogue) dont on ne peut en aucun cas tenir pour responsable le seul Mali.
Nulle esquive de responsabilité de notre pays, à la condition que celle soit à l’aune de nos ressources et de son pouvoir. Car, nul n’est tenu à l’impossible. Nous n’avons nul honte d’échouer là où la Première puissance planétaire est embourbée depuis des décennies. Et les spécialistes de la lutte anti-drogue le savent.
Alors qu’un avion bourré de « cocaïne et d’autres produits illicites », probablement des armes, dit-on, ait atterri sur une piste artisanale dans le nord de notre pays, en provenance du Venezuela, nous en convenons. Que des « blancs » soient kidnappés par des terroristes, ce n’est pas arrivé qu’au Bilad-es-soudan. N’est-ce pas alors méchant de mettre notre pays sur un des listes fantaisistes et peindre le Nord-mali comme un monstrueux enfer où il serait dangereux de s’y aventurer ? En tout cas, ça ne procède pas de l’amitié et de la gratitude dont nous sommes en droit, dans notre pauvreté et dans notre dignité, d’attendre de ceux-là qui viennent chez sans être invités pour se laisser capturé par d’autres n’ayant également aucun visa d’entrée car le Mali est et restera malgré les preuves et les écueils le Pays de la Diatigiya (hospitalité) millénaire. Sont passés par là, avant Pierre CAMATTE, Réné CAILLEE, Mongo PARK…
Notre légendaire hospitalité nous jouerait-elle des tours et nous assènerait-elle des déconvenues ? Peut-être. Mais comment nous rendre responsable d’une collusion, certainement plausible, entre les divers groupes de bandits, de trafiquants, de contrebandiers, de narcotrafiquants et de terroristes.
Le Mali n’a jamais mis en cause les cogitations des spécialistes de la lutte anti-drogue, ou du Bureau des Nations unies sur la drogue et le crime (ONUDC) quant au lien entre drogue, crime et terrorisme dans la bande sahelo-saharienne écumée par des combattants aqmiens, des hors-la-loi de tous poils et des trafiquants en tout genre. Il émet simplement des réserves sur certaines conclusions hâtives dont le but clairement inavoué est de la discréditer et de saper ses efforts et sa volonté jamais démentie de lutter contre le terrorisme et l’insécurité sous toutes ses formes.
La réponse à l’équation sécuritaire et à l’instabilité dans cette partie stratégique du monde que nous partageons avec beaucoup d’autres pays est-elle sécuritaire ? Le Mali dit : je suis disposé et de bonne volonté, mais vous savez la limite de mes moyens. Seul donc, je ne peux pas. Examinons ensemble notre problème et trouvons ensemble le voies et moyens de sortie de cette situation criminogène.
Avons-nous été entendus par ceux-là qui nous accusent aujourd’hui de laxisme, de collusion ou d’être un pays dangereux à fréquenter ? Comme on peut s’en désoler, il n’y a pas de justice dans les relations internationales, il n’a que des intérêts d’Etats, de nations, de peuples à défendre et à sauvegarder.
Sinon, tout le monde sait la prise d’otage qui était et reste toujours une des stratégies du terrorisme international est devenue ces dernières années un commerce très lucratif tout comme le narcotrafic avec ses caïds, ses parrains, ses gros bonnets, ses intermédiaires… qui, à Dieu ne plaise, ne sont point de nationalité malienne.
Dans la bande sahélo-saharienne, la Traite des blancs que se et le paiement de fortes rançons que livrent les éléments d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) constitue-t-elle l’unique moyen du mouvement d’origine algérienne pour renflouer ses caisses et poursuivre « le combat », aux cotés de Ben laden, contre « le grand satan » ? Notre pays a fait preuve de bonne volonté, d’initiative et d’implication pour trouver solution à chaque qu’il a été avéré que ces « pauvres blancs becs » kidnappés (le plus souvent ailleurs, comme n’a cesse de le rappeler le président ATT) ont été localisés sur notre territoire. Mais après l’expression de l’émotion et de la gratitude circonstancielles liées à l’événementiel, si ce sont les pays d’origine et/ou les familles des otages qui décaissent officieusement, après leur libération c’est bien notre pays qui a toujours payé la facture des extrapolations, des suspicions et des accusations pour avoir pris le risque de se « mouiller » pour les autres.
Principale source de financement du terrorisme aqmien dont il faut s’inquiéter ? Sûrement. Et qu’il urge d’interdire absolument le paiement ? Le Mali n’y voit aucun inconvénient, ne payant ni ne bénéficiant du produit des rançons. Que ceux qui font la requête demande alors aux payeurs de rançons de laisser mourir leurs compatriotes entre les mains aqmiennes si expertes à trancher les jolies petites têtes d’otages occidentaux. Après tout, américains et anglais sont clairs sur le sujet, malgré les risques qui peuvent coûter la vie à leurs otages (comme dans le cas de Edwin Dyer) : pas de rançons ! Que tout le monde en fassent autant.
Alors, puisqu’il n’y a pas de justice dans les relations internationales, il n’a que des intérêts d’Etats, de peuples à défendre et à sauvegarder. Il est temps que nous arrêtons de « rouler » et de nous « mouiller » pour les autres en examinant l’épée de Damoclès sur la tête de l’otage français, qui n’est d’autre qu’un chantage terroriste, à l’aune de nos intérêts bien compris. Devrions-nous céder au chantage aqmien ? Quel intérêt a-t-il le Mali d’ATT de jeter dans la nature quatre terroriste contre la vie d’un français ? Pour qu’après on nous mette encore sur une autre liste de pays qui cèdent au terrorisme ?
Le choix n’est pas aisé, mais il nous appartient. De son bon usage dependra notre respect et notre crédibilité dans cette épreuve où nous n’avons pas été et où nous ne sommes pas qu’avec des amis.
Par Sambi TOURE
Info-Matin du Jeudi 14 Janvier 2010


