Le président ATT a entamé l'année 2009 avec les nombreux " attendus " du forum sur la corruption qui venait de se boucler en cette fin d'année 2008. Ce fut un rendez-vous de plus consacré à la gangrène de la corruption au cours duquel le président ATT a surpris plus d'un en faisant une sortie iconoclaste sur le sujet. " Le Mali n'a pas le monopole de la corruption ", avait-il lancé en l'air. Lire notre Grand sossier
Transparency International, lui, continue d'alerter : la corruption dans les pays pauvres est une véritable "catastrophe humanitaire" qui tue. Face à ce danger humanitaire, le président malien, lui, est dans sa propre logique, celle de se faire à l'idée que le Mali est loin d'être menacé par le fléau.
La présidente de Transparency International, elle, pense autrement : "Dans les pays les plus pauvres, la corruption peut être une question de vie ou de mort, par exemple quand de l'argent pour des hôpitaux ou de l'eau potable est en jeu. La persistance de hauts niveaux de corruption et de pauvreté touchant de nombreux pays dans le monde est comparable à une catastrophe humanitaire permanente et ne saurait être tolérée". C'était il y a quelques années lors d'une conférence de presse qu'elle a animée sur le phénomène de la corruption. Aussi, s'est-elle convaincue : lutter contre la corruption nécessite un contrôle fort via des parlements, des forces d'exécution de la loi, des médias indépendants et une société civile dynamique. "Lorsque ces institutions sont faibles, la spirale de la corruption échappe à tout contrôle avec d'horribles conséquences pour le peuple, et plus généralement pour la justice et le respect de l'égalité", a-t-elle argumenté.
Aveu d'impuissance
Les propos d'ATT, lors des derniers états généraux de la corruption, aussi défaitistes qu'ils étaient, n'étaient-ils pas un aveu d'impuissance ? Est-il de la volonté du président ATT de minimiser l'ampleur de la corruption dans son pays, en dépit des rapports aussi accablants que troublants que le Bureau du vérificateur général dresse annuellement sur la gestion des structures financières du pays ? Le Mali est bien dans le crûu en matière de corruption. En effet, dans un pays où le conseil de ministre est empêtré de faits de corruption (c'est le chef de l'Etat lui-même qui l'a révélé), c'est dire que le mal y est endémique. En tout cas, c'est la triste réalité du Mali où la perception d'une justice à la carte, du fait de la corruption, semble être partagée et ce, au plus niveau de l'Etat, mais aussi par les citoyens.
ATT le sait : la banalisation des pratiques de corruption et leur enracinement dans le système administratif, financier et même politique du pays concourent à les vulgariser. Cela crée sans doute une sorte de cercle vicieux autour de la corruption qui étale ses tentacules dans les maillons de la vie publique. Le président ATT, en annonçant les couleurs des états généraux, a lui-même fait étalage de l'existence d'un tel réseau mafieux qui emballe tout. C'est pourquoi, aux dires du chef de l'Etat, les chefs de DAF, connus pour être des manipulateurs de fonds, ont plus d'influence que les ministres eux-mêmes. De la même manière, selon le diagnostic posé par le même ATT, toujours lui, la corruption et la délinquance financière, perceptibles dans la gestion des finances publiques, peuvent englober des distorsions de procédures les plus simples jusqu'aux abus des grands instruments de l'action publique : la gestion financière des services publics et des DAF, des douanes, des impôts, de la passation des marchés publics ou encore de l'application des lois et règlements relatifs à la sécurité publique et au respect des contrats…
Ces nouveaux
riches…
Le règne du président ATT, en dépit des fortes promesses de campagne contre la corruption, ponctuées par l'installation du Bureau du vérificateur général, n'a pas beaucoup assuré les Maliens quant à sa capacité de lutter efficacement contre le fléau de la corruption. ATT, depuis qu'il s'est installé au pouvoir, sans aucune exagération, n'a pas donné l'impression à ses compatriotes qu'il était en mesure de contrôler sa troupe. Les rapports successifs du Végal, présentés annuellement sur le sujet et qui sont automatiquement transmis au chef de l'Etat, en sont la preuve palpant. Lorsque le premier rapport annuel est tombé, en 2005, sur quelques structures inspectées (une bonne demi douzaine), on a estimé le manque à gagner à plus de six milliards volatilisés des caisses publiques. Au cœur de la tourmente : les services financiers de l'Etat, la TVA et les hydrocarbures. Le second rapport, lui, est le plus explosif ; c'est celui de 2007 dans lequel l'argent volé à l'Etat est évalué à plus de 102 milliards avec en toile de fond l'achat, en un seul jour, de onze millions de thé par les services d'un ministre et s'il vous plaît par un jour férié. Sur cette affaire de thé, qui n'a jamais été réellement élucidée, le rapport a bien indiqué qu'une trace de ce butin " ministériel " n'a pu être retrouvé, même pas en stock dans un magasin quelconque. Le troisième rapport, lui, concernait principalement la vérification de performances ; mais n'empêche : c'est environ 20 milliards de nos francs qui ont été spoliés des caisses de l'Etat. Le constat : la corruption ne recule pas dans ce pays, loin s'en faut. Les 20 milliards décelés ne sont pas un progrès par rapport aux 102 milliards disparus. Mais seulement voilà, les structures contrôlées présentaient peu d'envergure financière et le cadre du contrôle visait, comme cela a été dit plus haut, la performance des structures en matière de respect de règles comptables et financières. Déjà, dans les coulisses, on rapporte que le prochain rapport, très attendu par les bailleurs de fonds, nous a-t-on confirmé, contient de graves évasions financières portant sur des centaines de milliards de francs CFA. Des dossiers explosifs qui accablent pour l'essentiel des responsables publics du proche entourage du président ATT.
Pourtant, sur ce terrain, ATT, en tant que général d'armée, était beaucoup attendu par ses compatriotes pour tout simplement mettre de l'ordre dans la trop grande évasion financière en cours dans le pays. Tel qu'il se présente dans les nombreux rapports présentés par Sidi Sosso DIARRA, le Végal, la corruption, d'une manière, est loin de reculer dans ce pays ; loin s'en faut.
S'agissant spécifiquement du rapport 2007, si l'on imagine le nombre extrêmement limitatif des structures contrôlées (moins d'une demi douzaine de structures publiques), et l'énormité des fonds en cause (plus de 102 milliards volatilisés), on se rend compte indubitablement de l'ampleur de la corruption au niveau des sphères de l'Etat. A la sortie de ce rapport explosif, il y a eu un levée de bouclier sur le Végal en personne : lynchage médiatique et autres campagnes de dénigrement systématiques se sont développés à l'encontre de l'intéressé pour tenter de décrédibiliser et l'homme et ses méthodes. C'est pour cela que bon nombre de Maliens ont estimé que la récente cabale médiatico-juridique orchestrée contre le Végal a été planifiée et exécutée par mains de maîtres. La lettre ouverte, adressée à ATT, en date du 18 avril 2009, n'exprime que cette inquiétude : les signataires de cette lettre ont estimé que la dernière prise de parole publique du président ATT (annoncée ci haut), au sujet de cette affaire, loin de rassurer ou d'apaiser, donne plutôt l'impression que sa religion est faite sur cette affaire et qu'il a pris fait et cause pour ceux-là qui tentent par tous les moyens d'empêcher le Bureau du Vérificateur Général d'accomplir sa mission. Voilà qui ne rassure pas les initiateurs de cette lettre qui soutiennent par ailleurs que cette réaction du président ATT est d'autant plus mal venue qu'elle vient confirmer l'opinion généralement et fortement exprimée qu'une cabale a été bien instrumentée par une certaine opinion, foncièrement déterminée à abattre et l'Institution du BVG et son Chef, Monsieur Sidi Sosso DIARRA.
Et si cet homme a été tout simplement traqué pour l'empêcher de révéler de nouveaux dossiers troublants à l'encontre d'autres intouchables, tapis dans l'ombre du pouvoir ? En tout état de cause, les nouveaux riches qui polluent dans l'entourage du président, et qui sont étiquetés comme " les hommes du président, s'étant parvenus si facilement à s'enrichir royalement, ne lui facilitent pas les choses. Et pour cause : n'étant nullement inquiets, bénéficiant en cela de la louche complicité de l'Etat, ces nouveaux parvenus narguent avec l'argent volé de l'Etat une population, de plus en plus confrontée à une misère sociale de plus en plus noire et rude. Une arrogance comportementale favorisée par le laxisme d'Etat sur lequel le régime, puisqu'il ne fait rien pour le stopper, en répondra de ses méfaits devant l'histoire. Pourquoi pas devant Dieu !
Cri de cœur
A propos de la déclaration du président ATT sur l'affaire de Sidi Sosso DIARRA, une lettre ouverte de protestation lui à été adressée, en date du 18 avril 2009, par 145 signataires, réceptionnée sur le net. Jugez-en par son contenu : " Monsieur le Président, l'une des premières actions que vous avez mises en avant durant la campagne en vue de l'élection présidentielle dans notre pays, qui a également vu le choix de nombreux maliens se porter sur votre personne pour assurer les destinées de notre pays, a été l'affirmation de votre détermination à lutter contre la corruption et toutes les formes de détournement ayant ou pouvant avoir une incidence négative sur l'état des finances publiques de notre pays.
L'annonce de ces actions a sans doute été déterminante du vote de ces nombreux maliens et maliennes en votre faveur.
Vous avez, il est vrai, dès votre élection, immédiatement traduit cet engagement en actions politiques et de gouvernement, ce qui a été reconnu et apprécié par les maliens et la communauté internationale, d'une part, les bailleurs de fonds et les partenaires au développement, d'autre part. L'institution du Bureau du Vérificateur Général et l'organisation de états généraux de la lutte contre la corruption et la délinquance financière participent entre autres de la mise en œuvre effective de cette volonté politique. Le Bureau du Vérificateur Général (BVG), mis en place dès 2004, sur votre initiative et par vos soins, n'a eu de cesse d'accomplir des actes et de fournir des efforts pour atteindre des résultats qui, selon vos propres déclarations, ont permis de préserver d'avantage les finances publiques, leur bonne utilisation et gestion.
Seulement, la dernière actualité concernant le Bureau du Vérificateur Général est d'autant plus inquiétante qu'elle est de nature à remettre en cause toute l'évidence des efforts fournis par ce Bureau et est susceptible de jeter le discrédit sur une Institution que vous aurez pourtant contribué à bâtir.
Rien de ce qui se passe au Bureau du Vérificateur ne peut laisser aucun malien indifférent, à commencer par le premier d'entre nous tous, c'est-à-dire vous-même.
Or, votre dernière prise de parole publique au sujet de cette affaire, loin de rassurer ou d'apaiser, donne plutôt l'impression que votre religion est faite sur cette affaire et que vous avez pris fait et cause pour ceux-là qui tentent par tous les moyens d'empêcher le Bureau du Vérificateur Général d'accomplir sa mission. Une telle réaction de votre part est d'autant plus mal venue qu'elle vient confirmer l'opinion généralement et fortement exprimée qu'une cabale est actuellement instrumentée par une certaine opinion, foncièrement déterminée à abattre et l'Institution du BVG et son Chef, Monsieur Sidi Sosso DIARRA.
Qui plus est, les nombreux rapports déjà communiqués par le Bureau du Vérificateur n'ont connu aucune suite véritable et significative.
BVG
De deux choses l'une sur ce plan : soit les rapports remis par le BVG ne contiennent rien de conséquent ; soit les rapports mettent gravement en cause des personnes… Dans l'un et dans l'autre cas, les maliens que nous sommes, restons frustrés par votre attitude. Notre pays, il est vrai, à l'instar de tous les autres, connaît des difficultés. Pour preuve, l'inacceptable situation de saignée financière qui prévaut depuis longtemps au Trésor Public et qui traduit l'état de délabrement de nos Finances Publiques. Mieux, à la différence de nombre de ses voisins, notre pays est en prise directe avec la " mal gouvernance ", tellement l'autorité de l'Etat peine à s'affirmer. Cette situation n'est pas sans incidence sur le regard des citoyens que nous sommes sur les hommes de pouvoir et la qualité de la gestion des affaires publiques tant l'éthique, la morale sont absentes de la sphère publique. Face à un tel contexte, nous en appelons à vous, en votre qualité de : garant des droits et des libertés fondamentales dans notre pays ; premier Magistrat et garant de la bonne administration et distribution de la justice ; président de la République et Chef de l'Etat,
Pour :
Prendre désormais en main le règlement immédiat et définitif du conflit persistant au Bureau du Vérificateur Général, dans le seul but de préserver l'Institution et de lui assurer les conditions optimales à la poursuite de sa mission ;
- Créer le meilleur contexte permettant de donner toutes les suites nécessaires et utiles aux rapports du Bureau du Vérificateur Général ;
- Affirmer d'avantage l'autorité du Bureau et de son Chef en tant qu'Institution ;
- Rétablir Sidi Sosso DIARRA dans la plénitude de sa mission et de ses fonctions en lui évitant toutes entraves pour ce faire ;
- Permettre la plus large diffusion des éléments des rapports du Bureau et informer sur toutes les suites y données ;
- Permettre au Bureau du Vérificateur Général de donner des suites judiciaires lorsque les vérifications mettent gravement en cause des personnes par la saisine directe du juge ;
- Assurer l'indépendance et l'autonomie nécessaires à la réalisation de la mission du Bureau du Vérificateur Général et de son Chef, par l'affirmation de leur indépendance et la rupture de tous liens avec l'administration ". Voila la substance de cette missive qui a été envoyée au président ATT par des maliens, désabusés par la manière dont les prédateurs de l'Etat, dans l'impunité, volent l'argent du contribuable.
Pourquoi alors le président ATT a-t-il laissé pourrir la situation autour du Végal avant de se décider à s'intéresser à l'affaire ? Voilà la question que bon nombre de Maliens se sont posés lors de sa sortie publique sur ce dossier. Dans les faits, la plus grosse partie de l'opinion publique a estimé, ce jour, que cette sortie du président ATT, au sujet de ce scandale du Végal, loin de rassurer ou d'apaiser la situation, n'a fait que marquer sa position en faveur des " adversaires " du Végal qui ont tenté d'empêcher ce dernier de faire son travail de sape contre la corruption ; un fléau qui gangrène l'économie nationale. C'est pourquoi les gens n'ont pas hésité à murmurer que c'est bien une cabale qui a été orchestrée contre le Végal.
L'industrie de la corruption
On s'intéresse ici à la réflexion d'un de nos compatriotes vivant à l'extérieur, Dialla KONATE, ce professeur d'université pour qui la corruption s'aggrave au Mali. Lors d'un débat public consacré à ce fléau, voilà ce qu'il a dit : " De façon évidente, c'est la construction de maisons d'habitation qui constitue actuellement le moteur de l'économie à Bamako. J'ai dû me faire une opinion de l'origine du financement de ces activités de construction. Comment ? J'ai constitué deux échantillons ; un premier échantillon fait de 10 maisons nouvellement construites d'une valeur bâtie (n'incluant pas la valeur du terrain) estimée par mes soins à plus de 50 millions de F CFA (je suis très certainement en dessous des valeurs de certaines des maisons que j'ai vues). Dans le second échantillon, j'ai mis 10 terrains non bâtis dont les valeurs sont officiellement annoncées au-delà de 20 millions de FCFA. Il m'est revenu que 80 % des maisons de mon échantillon appartiendraient à des fonctionnaires ou assimilés et 90 % des terrains de mon autre échantillon appartiendraient à la même catégorie d'individus ; les fonctionnaires. En d'autres termes, 85 % des projets immobiliers en cours, selon ma succincte revue, chaque projet revenant à plus de 70 millions CFA, seraient entrepris par des fonctionnaires dont le revenu annuel connu serait inférieur à un million CFA. Si ces entreprises étaient faites honnêtement, ces personnes devraient travailler 70 ans et dédier la totalité de leurs revenus durant ces 70 ans pour les réaliser. Tous les témoignages concordent pour dire que ces projets durent en moyenne 2 ans. Ainsi la seule conclusion crédible est que ces projets sont financés par de l'argent ayant une origine non déclarée ". Pour cet homme, c'est " aux historiens, aux sociologues et autres psychologues d'expliquer comment et pourquoi les " nouveaux " leaders nés d'une révolution sanglante ont tant voulu s'enrichir si vite au point de faire de la corruption une industrie à part entière, et même l'industrie la plus profitable de notre pays ".
En matière de corruption, le paradoxe malien est bien là : " Dans notre pays où le sens de l'honneur et de la dignité étaient très forts, il est arrivé que des hommes et des femmes n'hésitent plus à se vanter de posséder des biens soustraits à autrui. Ceci est une tragédie morale nationale et historique. Pour la première fois, dans notre histoire, nous avons vu, depuis 1991, l'apparition de véritables ingénieurs de la malversation, du détournement de fonds publics à des fins personnelles. Lorsqu'il a fallu procéder à des audits, les termes de référence furent écrits de façon à ce que " les aiguilles recherchées soient sous certains pieds pendant que les auditeurs avaient mandat explicite de chercher partout sauf sous les pieds ", a déploré le professeur. C'est tout ce qui a fait que dans ce pays, la corruption est endémique et pernicieuse.
Quelle volonté politique ?
Au cours du même forum sur la corruption, voici ce qu'a révélé un spécialiste : " La gestion des ressources humaines du secteur public est un domaine privilégié d'exercice de la corruption. Le clientélisme est au coeur de la gestion des ressources humaines de l'Etat : recrutement ; affectation ; formation ; gestion des carrières…Généralement, la part du mérité reste limitée dans cette gestion basée plutôt sur d'autres considérations : relations parentales, amicales, politiques et pécuniaires ; etc. " Dans le même contexte, le même spécialiste note : " Contrairement à toute attente, le régime de démocratie politique mis en place après la chute de la dictature a renforcé le clientélisme politique au sein de l'Etat et dans la société : achat des votes, utilisation des agents et moyens de l'Etat pour gagner les élections ; recrutements et promotions faits pour services rendus pendant les élections. " Toutes ces manifestations de la corruption, le président ATT en est conscient. La preuve ? C'est lui-même qui a décrié, sans toutefois dévoiler le plan de lutte qu'il préconise pour l'endiguer, lors de ces états généraux, l'ampleur du phénomène qui continue d'annihiler les efforts de développement du pays.
Au plus fort de la crise autour du Végal, en avril 2009, ATT a cru réagir, comme il l'a fait, parce que l'opinion publique en a été traumatisée. La corruption, tout le monde en convient, constitue de nos jours le plus grand frein au développement du Mali. Depuis belle lurette, on tente de le combattre. Le constat est celui de l'amertume : peu de progrès en matière de cette lutte, en dépit de nombreuses initiatives formulées çà et là par les gouvernements successifs. En fait, la raison est en toute simple et les spécialistes ne s'en cachent même pas : la corruption persiste dans certains pays comme le Mali par manque de volonté politique. ATT, en l'occurrence, a démontré qu'il connaît parfaitement, jusqu'aux moindre détails, les actes et faits de corruption qui gangrènent le tissu économique et financier du pays. Il est dès fois allé plus loin en affirmant publiquement qu'aucun segment de l'Etat n'est à l'abri d'un brin de corruption. C'est d'ailleurs ce qu'il a voulu insinuer, non sans une certaine dose d'ironie, quand il avouait que même le " conseil de ministres est grugé de faits de corruption ". Le fait que la complicité soit si forte dans les sphères de l'Etat et qu'une telle instance gouvernementale soit ainsi rétrogradée dans une telle posture si indélicate par le président de la république en personne est d'autant révélateur de l'ampleur du fléau au Mali. Le conseil de ministre, selon l'avis du chef de l'Etat, est si " infiltré "qu'il ne peut qu'approuver certains marchés teintés de corruption. En ce moment, le conseil de ministres n'a alors aucun moyen de déceler les procédures tronquées à dessein en la matière. Cela est d'autant plus dévastateur que lorsque c'est le président de la république lui-même qui le confesse.
Dans de nombreux pays du monde, où de progrès substantiels ont été enregistrés dans la lutte contre la corruption, on constate qu'au-delà de l'institutionnel, une place privilégiée est accordée aux médias et à la société civile. Au Mali, tout est entrepris pour " clochardiser " la presse afin que sa voix ne porte pas plus loin que les placards de l'Etat où les dossiers encombrants sont enfouis, extraits du soupçon national. C'est donc à dessein que les efforts de promotion professionnelle et financière à l'endroit de la presse sont timides, voire inexistants dans notre pays. La société civile, instrumentalisée, elle, ne joue pas véritablement son rôle de sentinelle vigilante pour la préservation des maigres ressources de l'Etat. Pendant longtemps, s'agissant de l'implication de la justice dans la lutte contre la corruption, le discours du président ATT n'a pas changé. Il est convaincu que la lutte contre la corruption sera toujours un bien " machin " si les magistrats ne suivent pas. Çà, il l'a répété à maintes fois et à plusieurs épisodes. Ailleurs, on l'a vu : la lutte contre la corruption, dans le cadre judiciaire et répressif, porte la marque individuelle. C'est un tel juge anti-corruption par exemple dans la Sicile italienne qui attire les attentions dans sa croisade contre les bandes criminelles corrompues. La responsabilité de l'Etat, outre l'affirmation de la volonté politique, c'est de protéger les juges, et au-delà tous ceux, qui se jettent à l'eau pour éradiquer les réseaux criminels corrompus.
Ceci expliquant peut-être cela : l'aveu d'impuissance du président ATT n'est pas de nature à arranger les choses en matière de la lutte contre la corruption dans notre pays. En fait, ici ou ailleurs, où la corruption progresse dans les mœurs, c'est le manque de volonté qui est avancé comme la principale raison de l'échec de la lutte contre le fléau. L'engagement de l'Etat à combattre le fléau est d'ores et déjà contrarié au Mali dès l'instant que le président de la république déroute le citoyen par le discours quelque peu confus qu'il entretient sur le sujet. ATT lui-même contribue, en dévoilant le phénomène de la corruption tel qu'il gangrène la vie publique, à " théâtraliser " toutes les mesures gouvernementales, aussi vigoureuses qu'elles soient, initiées pour combattre le fléau de la corruption. C'est bien pour cela que la réalité malienne n'évolue pas comme on le souhaite sur le fléau de la corruption qui ne recule pas dans le pays.
Dommage !
Sékouba SAMAKE