Politique
Otages Nord-Mali : des têtes doivent tomber
L’État, on le sait partout dans le monde, c’est un minimum de sécurité. Ce qui s’est passé, au Mali, en intervalle d’une journée, comme escalade de la violence au Nord-Mali, avec l’enlèvement et l’assassinat de touristes européens, dépasse tout entendement. Au-delà de tout, les patrons de la Sécurité d’État, de la SE et de la police nationale doivent être démis de leurs fonctions ainsi que ceux de la gendarmerie et même de la garde nationale. Il y va de la crédibilité de l’État...
C’est l’AFP qui l’a annoncé à partir de sources sécuritaires maliennes.
Celui qui a été tué l’a été alors qu’il a tenté de résister à l’enlèvement avec trois autres otages, ont indiqué ces sources.
Ces kidnappings et ce meurtre sont survenus, le vendredi dernier en pleine journée, à Tombouctou, après l’enlèvement, jeudi vers 2 heures du matin, de deux Français dans un hôtel d’Hombori, à environ 200 km au sud de là, par des hommes armés qui les ont emmenés vers une destination inconnue.
Cette brusque détérioration de la situation sécuritaire tranche nettement avec les discours lénifiants, jusqu’ici entretenus par des autorités nationales, avec en toile de fond une attitude de victimisation,sur la sécurité au Nord-Mali.
Outre le président ATT, récemment à Paris, c’est le ministre de l’artisanat et du tourisme, Mohamed El Moctar, qui, sur la saison touristique, disait ceci:«La saison touristique 2011-2012 a déjà commencé. Il y a des touristiques qui sont au plateau dogon, à Mopti, des touristes sont à Tombouctou si vous ne le savez pas l’année touristique a déjà commencé. Nous avons une forte demande d’Air Méditerranée sur Kayes et à partir de ce mois il y aura des vols hebdomadaires, qui ne passeront même pas par Bamako. Nous avons des partenaires américains qui feront Mopti et Tombouctou directement, c’est à nous de prendre des dispositions et cette question a été aussi totalement réglée pour que nous soyons proactifs et actifs par rapport à ces questions. Nous sommes optimistes l’année touristique se passera dans les meilleures conditions’’.
Patatras! C’est l’escalade de la violence aggravée, cette fois-ci, par le fait que personne n’a rien vu venir; ni la Sécurité d’État, ni les forces de sécurité, aucun service similaire n’a pu prévenir, à temps, cette nouvelle escalade sécuritaire dans la région.
Pourtant, la menace terroriste, ne serait-ce que par l’alerte du ministère des Affaires étrangères de la France à l’endroit de ses ressortissants, sur les zones dites « rouge » au Mali, est perceptible dans le Nord-Mali.
D’ailleurs, apprend-t-on de sources diplomatiques, dès ces attaques survenues au Nord-Mali contre des ressortissants français, le ministère français des Affaires étrangères a largement étendu la zone au Mali qu’il déconseille «formellement» pour les voyages et les séjours, une zone coloriée en « rouge » sur son site internet et qui englobe désormais Hombari où ont été enlevés les deux Français.
Cela fait alors que la carte du pays figurant sur le site internet du ministère des Affaires étrangères « Conseils aux voyageurs », la «zone rouge», qui est «formellement déconseillée», a été étendue vers le sud jusqu’aux environs de la ville de Mopti.
En fait, selon les mêmes sources, jusqu’à samedi dernier matin, cette «zone rouge» s’arrêtait au sud aux villes de Gao et de Tombouctou, qui en faisaient partie.
C’est dire alors que tout le nord-est du Mali est désormais considéré par le ministère français comme «zone rouge».
Le sud-ouest du pays, où est située la capitale Bamako, reste en «zone orange» qui n’est que «déconseillée sauf raison impérative» aux voyageurs.
Si, comme le disent les spécialistes en la matière, l’État, pour sa survie même, c’est un minimum de sécurité, les patrons de la SE, la police nationale, qui n’ont pu apprécier, à sa juste dimension sécuritaire, le risque «très élevé» d’enlèvement sur les étrangers, installés au Mali, doivent en assumer les conséquences.
Par le passé, des patrons des services de sécurité, qu’il s’agisse de la SE, de la police ou de la gendarmerie, ont été démis de leurs fonctions, à la suite de problèmes constatés relevant de leurs responsabilités, cette fois-ci, c’est bien grave: l’État, pour ces coups-ci, a été frappé dans son fondement même, dans une zone très sensible, en un moment où les autorités nationales, elles, ne cessent d’appeler les touristes à fréquenter à nouveau la destination Mali.
A défaut du ministre de la sécurité intérieure, le général Sadio Gassama se devait de démissionner de son poste au sein du gouvernement, pour cet acte perpétré contre la souveraineté de l’État, et qui interpelle directement sa responsabilité, les mesures de «salubrité nationale» doivent être envisagées à l’encontre des responsables de services très sensibles, en matière sécuritaire, ci-désignés.
Pour la spécificité de la zone, Hombori et Tombouctou, en plus des patrons de la SE et de la police nationale, le chef d’état-major de la garde nationale et le directeur général de la gendarmerie, tous deux assurant un commandement opérationnel dans cette zone, doivent également répondre de ces faits d’enlèvements et de meurtre d’étrangers, survenus, comme l’ont rapporté les témoins, avec une facilité déconcertante.
Certes, le gouvernement a réaffirmé sa «détermination et son engagement sans faille» à entreprendre toutes les actions que commande la situation afin de garantir la paix, la sécurité et la stabilité; mais, pour la crédibilité même de l’État et de l’action qu’il compte mener, au plus vite, pour gagner la paix dans cette région du pays, il importe qu’il songe, comme il l’a fait dans le passé, en pareille circonstance trouble sécuritaire, à sévir contre la fatalité ambiante.
Sékouba Samaké


